29/05/2011

Maltraitance : quand la barbarie envahit les prairies

Après l'affaire des deux chevaux attaqués à Dinant qui a défrayé la chronique il y a peu, nous voici à nouveau confrontés à un cas de pure barbarie commis dans les environs de Lessines où une jument a été littéralement massacrée dans la nuit du 25 au 26 mai 2011.

Que ces cruautés soient purement gratuites ou qu'elles poursuivent un but vengeur, elles sont lâches et témoignent de la froideur et de la faiblesse d'esprit de leurs auteurs.  Outre les différents sentiments qui nous animent face à ces actes inqualifiables, on est en droit de s'interroger sur cette violence et ses origines.

S'agirait-il là d'un nouveau et morbide phénomène de mode ? C'est une question que l'on est en droit de se poser en voyant circuler sur Internet, des vidéos montrant des personnes commettant de tels actes sur des chiens en les jetant du toit d'un immeuble ou d'un pont.

Quoi qu'il en soit, il serait bon que la justice mette tout en œuvre pour faire aboutir les enquêtes et sanctionner sévèrement les coupables. Dans ce cadre, je pense que les autorités compétentes et le législateur devraient s'interroger sur l'éventualité de l'escalade dans les actes commis plutôt que de prendre les choses à la légère en ne considérant les victimes que comme de simples animaux et en minimisant ou en relativisant la gravité des faits.

En effet, quand les coupables, rassurés par le sentiment d'impunité induit par l'absence de poursuites ou de sanctions dissuasives, commenceront à transposer leurs actes sur des victimes humaines, il sera trop tard pour faire machine arrière.

En d'autres termes : aujourd'hui ce sont des chevaux qui sont attaqués, blessés et même battus à mort; que nous réserve demain ? Des enfants, des personnes âgées, des promeneurs isolés massacrés par plaisir cruel ?

Il serait également bon de nous interpeller sur notre devoir de citoyen et d'oser prendre la responsabilité de signaler les comportements suspects sans pour autant sombrer dans une psychose.
Par contre, il serait de bon ton de pouvoir se tempérer quelque peu dans la mise en œuvre d'actions telles que la diffusion de pétitions. A l'heure actuelle, n'importe qui peut facilement initier une pétition sur Internet et solliciter le public à la signer. Même si le but est louable, ces actions non coordonnées avec des organismes de défense animale compétents, sont inutiles et peuvent même nuire à des actions mieux organisées.

Les œuvres de défense animale devraient être les mieux placées pour intervenir et initier des actions coordonnées en définissant ensemble, les objectifs à atteindre. Pour cela, elles devraient enfin faire preuve d'un minimum de cohésion et se mobiliser ensemble pour faire pression sur les pouvoirs politiques et les inciter à légiférer en la matière. En ce faisant, elles pourraient également profiter d'une augmentation notable de leur crédibilité et récolter un soutien supplémentaire dans leurs combats quotidiens.

Il est intolérable qu'à notre époque et dans une société qui se proclame "évoluée", de tels actes puissent être commis, se répéter et finalement, après quelques temps, passer complètement inaperçu et devenir communs.
Il est temps pour tout un chacun de réagir à son niveau et de mettre un terme à cet immobilisme coupable.

04/05/2011

Appel à témoin !

Ce 2 mai 2011, deux chevaux ont été gravement mutilés à Dinant.

Tibet et Poku souffrent de blessures très graves à la tête; ils ont vraisemblablement été frappés à l'aide d'une pagaie de Kayak. Le pronostic est très réservé quant à leurs chances de survivre aux traumatismes subis.

Un appel à témoin est lancé afin de permettre de retrouver les coupables de ces actes de pure barbarie. Les soupçons se portent essentiellement vers des kayakistes qui auraient loué une embarcation afin de descendre la Lesse. Un homme blond de taille moyenne aurait été aperçu dans le champ ce lundi après-midi. L'individu portait un short et un t-shirt noir, il aurait un tatouage en forme de cercle sur le bras. Des enfants l'ont vu jeter des pierres. Un complice l'attendait en kayak sur la Lesse.

Toute personne pouvant fournir des informations est priée de contacter la police de Dinant au 082/67.68.10. et contacter la propriétaire des chevaux par mail : faber.arabians@gmail.com

ChevauxMartyrs.jpg

Plus d'infos sur le site Bel RTL Infos

Pour aider leur propriétaire à faire face aux gros frais vétérinaires engendrés par cette barbarie, un compte a été ouvert :

Le compte "Solidarité Tibet - Pokupka" - titulaire Bérengère Fayt.

IBAN : BE72 0635 1301 1716

BIC : GKCCBEBB

16/02/2011

"Vieux chevaux"

JuliaA l'instar de ce qui attendait Julia, beaucoup de chevaux devenus trop âgés pour pouvoir répondre aux besoins ou aux désirs de leurs propriétaires connaissent un sort peu enviable. Ils sont légions à se retrouver abandonnés sans soins et oubliés dans une prairie ou cédés pour une bouchée de pain à des marchands qui les revendront aux chevillards sur les marchés.

Ouvrir un débat sur l'âge de la retraite d'un cheval n'est vraiment pas le but de cet article d'autant plus qu'une foule de paramètres influencent la définition de cet âge et qu'il est propre à chaque cheval.

En tout état de cause et quels que soient les critères utilisés, il arrive un jour qu'un propriétaire décide que son cheval n'est plus apte à travailler comme il le faisait et ce, quelques soient les objectifs de travail recherchés. Malheureusement, ce jour-là sonne trop souvent le glas d'une existence…

Julia n'est pas le premier cheval âgé et inapte au travail que j'ai la chance de côtoyer, beaucoup d'autres avant elle m'ont offert de bons moments et de riches souvenirs. Pas besoin de les monter ou de travailler avec eux pour partager et savourer de beaux instants. La relation devient différente et on peut prendre beaucoup de plaisir en passant simplement du temps auprès de ces chevaux et en s'occupant d'eux.

Beaucoup de gens pensent qu'à ce moment, leur ancienne monture n'est plus bonne à rien et que sa vie va se limiter à manger et se reposer; c'est une idée préconçue et totalement fausse, ces chevaux ont besoin et envie que l'on s'occupe d'eux et surtout, qu'on leur offre un minimum de distraction. Malheureusement, ces idées semblent fortement ancrées et de là découle trop souvent l'horrible notion de bouche inutile à nourrir qui pousse les propriétaires à se débarrasser de leurs chevaux.

Pour moi, c'est une ignominie et j'ai beaucoup de peine à voir ces propriétaires "oublier" tous les merveilleux instants que leur a offerts leur monture. Comment oublier les immenses sourires dessinés sur les visages des enfants et la compréhension bienveillante des maladresses des débutants ? Est-ce vraiment aimer et respecter un animal que d'occulter tout cela et de l'envoyer à l'abattoir ?

Val & Julia

Aujourd'hui encore, je suis allé voir notre Julia; elle fait partie de ces chevaux "réformés" et inaptes au travail. Cela ne nous a pas empêché de passer ensemble un bel après-midi que j'ai pleinement savouré. Après l'avoir laissé libre de se rouler et de se défouler en piste, je l'ai longé quelques minutes; le but n'était pas de faire un travail particulier mais avant tout, de distraire Julia et d'entretenir sa condition physique. Ensuite, nous sommes partis pour une promenade en main sur les chemins forestiers; cela peut paraître bête, simple et sans intérêt mais pour moi, ces promenades sont loin d'être monotones. Cela me plaît de la voir découvrir les environs, de la rassurer lorsqu'un objet inhabituel semble lui causer une inquiétude et de nous balader en toute simplicité. Au retour, c'est un pansage en bonne et due forme et cela réserve également de beaux instants. C'est peut-être bête et niais pour certain mais pour moi, sentir son souffle dans ma nuque pendant que je brosse un de ses antérieurs, ça me fait sourire. Durant ces moments, nous communiquons beaucoup et elle reste attentive à ce que je fais; nous sommes complices.

JuliaAlors oui, je rêve d'un futur où les chevaux ne seraient plus considérés comme des animaux de rente mais comme des animaux de compagnie et que chaque propriétaire s'attache à assurer leurs vieux jours ne fut-ce que par respect et reconnaissance pour tout ce que leurs chevaux leur auront offert ou rapporté.

Puisse chaque cavalier ou propriétaire garder toujours en mémoire ce qu'un cheval devenu âgé a pu leur offrir durant toute sa vie.

On peut me prendre pour un doux rêveur, un idéaliste ou encore pour quelqu'un manquant de pragmatisme; je m'en moque éperdument. En ne tenant compte que des considérations financières et en faisant abstraction de certains sentiment, j'estime qu'on perd tout ou partie de notre sensibilité et ce faisant, de notre humanité.

30/01/2011

Pauvres shetlands

115.jpgAvec leur frimousse attendrissante, leur regard vif et espiègle, leurs longs crins et leurs airs de peluches vivantes; les poneys shetland font craquer bien des cœurs. La vision idyllique du gentil poney Polly ami des enfants occulte malheureusement une triste réalité.

A l'origine, ces équidés très rustiques originaires d'un groupe d'îles au nord de l'Ecosse, étaient utilisés comme animaux de travail. Etonnamment puissants malgré leur petite taille, très résistants aux rudes conditions climatiques de leur région; les shetlands furent utilisés principalement dans les mines anglaises pour tirer les wagonnets de charbon. Contrairement à d'autres races de chevaux de travail, la révolution industrielle ne mis pas en péril le succès de la race et son expansion; le shetland devenant alors poney d'initiation pour les enfants, cadeau animal à la mode, tondeuse à gazon, pauvre créature de manège forain, etc…

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Si certaines consciences se sont déjà éveillées et si certains faits ont déjà pu être pointés du doigt comme par exemple ce statut d'animal jouet offert pour satisfaire un caprice d'enfant, objet d'affection débordante durant quelques temps avant d'être négligé comme un jouet passé de mode que l'on range au fond d'une armoire; une destinée devenue très courante pour les shetlands est souvent ignorée : celle d'être devenus des animaux de boucherie.

115-4.jpgChaque semaine, des lots entiers de jeunes shetlands sont vendus aux chevillards pour une bouchée de pain. Bien qu'étant vendus et abattus en Belgique, ces poneys proviennent majoritairement des Pays-Bas où fleurissent de nombreux élevages "sauvages"; ils atterrissent en Belgique pour raisons économiques, le prix de la viande chevaline étant nettement inférieur en Hollande, ils y sont quasiment invendables.

Beaucoup de particuliers ont pris pour habitude d'héberger sur une parcelle de terrain, l'une ou l'autre jument shetland qu'ils font saillir chaque année pour obtenir un poulain qu'ils espèrent revendre à bon prix. Suivant un effet de mode, ils cherchent à obtenir des "produits" à succès aux bonnes origines et à la robe particulière. Malheureusement, les hasards de la génétique ne font pas toujours le bonheur…

115-1.jpgLa naissance est applaudie si le "produit" est une pouliche aux couleurs bien marquées.
Si le poulain naît mâle et alezan ou noir, les espoirs de bénéfices s'envolent et les naisseurs expriment souvent leur mécontentement auprès des étalonniers. Ces derniers font alors fréquemment la démarche de les débarrasser du poulain et de leur offrir une réduction sur la prochaine saillie afin de ne pas perdre leur précieuse clientèle.

Ces bébés shetland sont alors cédés à des marchands et se retrouvent sur les marchés belges où ils sont vendus aux chevillards pour une poignée d'euros. La rentabilité est nulle mais la petite vie est ôtée sans état d'âme pour quelques malheureux kilos de viande.

Quelques chanceux sont rachetés par des particuliers ou des associations qui les proposent ensuite à l'adoption.  Certains de ces poneys sont à peine sevrés lorsqu'ils échouent misérablement sur les marchés; leurs regards apeurés brisent le cœur mais hélas, tout le monde ne s'émeut pas devant ces pauvres créatures et les hippophages n'affrontent pas ces regards en achetant leur viande.

Cette semaine encore, un lot de 15 d'entre eux fut repéré chez un marchand dont 14 étaient âgés de moins d'un an...115-3.jpg

13/11/2010

Un mercredi...

J'ai choisi aujourd'hui, de partager une expérience vécue l'année passée lors du sauvetage d'équidés sur un marché aux chevaux. Les photographies qui illustrent cet article sont celles de chevaux qui ont eu la chance d'échapper aux couteaux des bouchers.

Un mercredi d'été, ensoleillé et chaud; un mercredi qui pourrait être comme les autres mais celui-ci est bien différent.

Nous embarquons dans le 4 x 4 qui tracte le van, le cœur battant et les mains un peu moites. J'ai l'estomac en capilotade, je suis plein d'espoir et en même temps, bourré d'appréhensions. J'ai peur de ce à quoi je vais être confronté, je sais que nous ne pourrons en ramener que deux si toutefois, nous pouvons en ramener. Combien seront-ils ? Combien de regards à affronter ?

Les kilomètres s'égrènent au compteur du véhicule, il fait chaud; je ne vois même pas le paysage qui défile tant les pensées se bousculent. J'en ai rêvé toute la nuit, me tournant et me retournant sans pouvoir vraiment trouver le sommeil tellement ces rêves étaient prenants. J'ai vu au moins trente scénarios différents défiler en boucle et ça ne s'arrêtera pas avant que nous soyons à destination.

Un grand parking bétonné, un bâtiment aux lourdes portes métalliques; l'endroit n'est pas accueillant. Nous sommes un peu en avance, le marché ne commencera pas tout de suite mais déjà, plusieurs camions attendent. Certains sont vides, d'autres sont pleins et avant la fin de la journée, les vides ne le seront malheureusement plus.

KWPN Jowie Firona

Nous faisons le tour du bâtiment, cherchant dans un premier temps où se situe l'accès; c'est la première fois que nous venons à Ciney. Il y a un camion dont le tape-cul est abaissé; des yeux inquiets brillent dans la pénombre, ceux de chevaux qui tendent l'encolure semblant chercher à savoir ce qui va se passer. D'autres regards sont mi-clos, ceux de grands poneys qui semblent avoir compris qu'il n'y avait plus aucun espoir… Je tourne autour du camion, je sais et cette certitude me déchire; ces poneys n'ont aucune chance. Je m'approche d'eux et tends la main par une ouverture, une simple caresse, l'envie de leur dire beaucoup de choses mais la gorge est nouée et je peux à peine leur adresser un mot : "courage"…

Je savais que ce serait difficile, le marché n'a pas encore ouvert ses portes mais, c'est déjà très difficile.

De l'autre côté, un petit attroupement autour d'un van attire notre attention. Des hommes regardent tour à tour par-dessus la porte arrière, il y a de nombreux palabres et des billets changent de main; ceux qui sont dans le van n'entreront même pas dans le bâtiment, leur sort est déjà réglé. L'un d'entre nous qui s'était approché revient, c'étaient de petits ânons qu'il s'agissait.

Nous repartons vers les premiers camions, écœurés.

Le maquignon est là, son regard est un peu suspicieux; dans ce milieu, ils se connaissent tous et nous sommes vite repérés. L'homme me dit bonjour, son accent trahi sa provenance et je lui réponds donc en flamand; cela semble l'étonner et nous engageons une conversation banale. C'est un effort à faire, même si ces gens nous dégoûtent profondément, il faut faire fi de cela et éviter toute confrontation sous peine de repartir sans avoir pu sauver un seul cheval. Faire bonne figure fait partie de ce jeu cruel.

Les portes s'ouvrent, les marchands débarquent tour à tour leurs chevaux et leurs poneys qu'ils viennent attacher en lots dans le hall .

Poneys

Le plus difficile à ce moment c'est de cacher ses sentiments et son intérêt pour l'un ou l'autre équidé; les marchands auraient tôt fait de repérer cela et ils augmenteraient leurs prix derechef. Ces gens n'ont aucun scrupule, un cheval n'est pour eux qu'un bénéfice potentiel.

Il y a des hennissements, des sabots raclent nerveusement le béton. Je ne sais plus où regarder, un immense sentiment d'impuissance m'écrase.

Tels des vautours, les chevillards virevoltent autour des lots; ils tapent dans les mains des maquignons, c'est leur code de marchandage. Ils se tapent tour à tour dans la main tandis qu'ils se chuchotent leurs prix, une tape forte et sonore conclut le marché.
En quelques instants le sort d'un lot de fjords et haflinger est réglé, celui d'un lot de chevaux de courses réformés également; c'était couru d'avance, les chevillards se sont littéralement jetés sur eux. Je regarde leurs sourires, je suis tendu comme une corde à piano; j'ai mal, j'ai honte, j'enrage…

Sylvie s'approche de moi, elle a vu avant moi quelque chose qui va m'affecter énormément : deux frisons entrent dans le hall, deux hongres magnifiques. "Tiens le coup…"
Comment puis-je tenir ? Je suis au bord de l'explosion.
Heureusement, le maquignon ne compte pas les vendre pour la boucherie, il cherche un amateur pour racheter ces deux merveilles; il n'en demande que 2.500 euros pour les deux.
J'ai l'impression d'avoir un couteau dans le cœur, je m'approche d'eux; ils sont doux et calmes comme tous ceux de leurs congénères que je connais et que j'aime tant. Leurs doux regards se posent sur moi comme des caresses, j'espère de tout cœur qu'ils trouveront de bons propriétaires puisque moi, je n'ai aucun moyen pour les acquérir.

Je l'ignore encore mais je les croiserai à nouveau quelques temps plus tard; autre endroit, autre moment, même déception.

Un grand alezan nerveux attire mon attention, il me fixe intensément et tire sur son attache comme s'il voulait venir vers moi; son regard ne me quitte pas un instant. Je passe devant lui discrètement, il se calme et colle ses naseaux contre moi, ses yeux semblent me supplier… Je file vers le patron du refuge, il me dit que le prix est trop élevé mais que peut-être, à la fin du marché, le maquignon voudra s'en débarrasser à bas prix.

Crystal

Je me calme et m'appuie nonchalamment contre une barre de stalle. Le maquignon flamand vient vers moi pour discuter le coup, il faut jouer finement… Ne montrer aucun intérêt particulier, jeter un œil blasé sur ses chevaux. Il me demande ce que je pense de l'un ou l'autre des pauvres malheureux qu'il exhibe sur son emplacement et qui n'ont pas intéressé les chevillards; je trouve tous les défauts possibles et imaginables à ces chevaux que pourtant, je serais ravi d'emmener. "Et l'alezan dont tu ne me parles pas ?" " Pas bon pour toi, il boîte". Je sais pertinemment que s'il boîte de l'antérieur droit, c'est parce que son fer est détaché et que ça lui cause une gêne mais je n'en souffle mot. "Que veux-tu en faire ?" Je réponds que j'ai juste envie d'une tondeuse bio pour un grand terrain.

J'ignore pourquoi mais le maquignon semble m'avoir à la bonne, je commence à espérer mais il y a un hic, son fils reprends le flambeau et il va refuser jusqu'au bout de descendre son prix jusqu'à la somme maximale acceptable; à 100 euros près, c'était gagné…
C'est l'été et en cette saison, les marchands augmentent leurs prix; ils ne craignent pas de repartir avec une partie de leur cargaison vivante, ils ont des prairies pour nourrir sans frais les chevaux qu'ils ramènent. L'hiver, c'est différent car le nourrissage coûte; ils sont alors plus enclins à la négociation.

Une bonne nouvelle arrive enfin, une jument pie repartira avec nous ! J'ai peine à y croire car je pensais que ses rondeurs auraient tôt fait d'attirer les chevillards; c'est vraiment inespéré.

C'est ensuite un jeune poney fraîchement castré qui est également sauvé. Il est très chaud et on me demande si je peux me charger de l'amener au van… Effectivement, il est très chaud et il est très stressé. Je pense qu'un c'est un fell plutôt qu'un shetland; il a des allures de frison miniature et je craque directement pour lui. Quelques caresses, des paroles calmes et il m'accompagne docilement jusqu'au van; je crois qu'il a compris…

C'est la fin, les chevillards embarquent leurs lots; je suis sidéré et révolté de voir au moins deux pur-sang et plusieurs trotteurs en parfait état partir pour leur dernier voyage. Ils partent vers Charleroi et seront sans doute abattus le lendemain…

Une petite fille est en larmes, elle a le cœur brisé… Elle était venue avec ses parents pour racheter un fjord ou un haflinger; elle les a caressés et ses parents ont proposé une somme supérieure à celle qu'offraient les chevillards mais le maquignon refusait de risquer de perdre ses clients assidus… Nous compatissons tous à sa douleur et tentons de la réconforter comme nous pouvons; pauvre gamine confrontée à cette réalité si cruelle et si injuste…

Fiona

Dernière blessure du jour, le grand alezan rechigne à se diriger vers le camion, il ne cesse de me fixer, se rebelle, réussit à se libérer et veut se diriger vers moi mais il est directement repris par le maquignon qui le conduit sans ménagement. Son regard me hantera durant  des jours et des nuits…
Cette fichue centaine d'euros me marquera; c'était le prix d'une vie. J'ai toujours été convaincu que quelque chose s'était passé entre ce cheval et moi et que si nous avions pu le ramener, j'aurais certainement vécu une belle amitié avec lui.

Les gens qui comme nous, aiment profondément les chevaux et les respectent, ne ressortent pas indemnes d'une telle expérience. Dans ces endroits, on croise des chevaux qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes; des poneys qui ont fait le bonheur d'enfants sur les visages desquels ils ont dessinés des sourires d'émerveillement et tous ces êtres s'en vont vers une fin terrible alors qu'ils méritaient largement autre chose. Tout cela est bien souvent ignoré des personnes qui ont savouré de merveilleux instants avec ces équidés.

Triste monde sans compassion…

Un mois plus tard, je retrouverai les deux frisons lors d'un sauvetage organisé directement chez le marchand; ils viendront à ma rencontre en prairie mais hélas, ce n'est pas eux que nous emmènerons. Je pense souvent à ces deux chevaux magnifiques, me demandant toujours ce qu'ils sont finalement devenus.

Un jour je l'espère…