26/09/2010

Maltraitance

Un sujet qui semble parfois déranger… Peut-être est-ce une certaine forme de culpabilité qui génère cette gêne ; parce que trop souvent, chez nous, on a plutôt tendance à fermer les yeux ou tout du moins, à détourner le regard.

Quoi qu’il en soit, l’objectif premier de cet article n’est pas de débattre de ce manque de réaction et d’action ; c’est plus avec l’envie de voir se développer une conscientisation concernant certaines formes de maltraitance souvent ignorées mais bel et bien quotidiennes.


Nous connaissons tous de tristes exemples de mauvais traitements extrêmement graves infligés à des équidés ; les images chocs sont légions et de nombreux faits avérés sont occasionnellement dénoncés par certaines associations. A mon sens, toute forme de maltraitance est grave mais bien entendu, il faut néanmoins faire la différence entre ces différentes formes.Maltraitance-1.jpg

Dans les cas les plus graves, la maltraitance à laquelle l’animal est confronté va aller jusqu’à causer sa mort à plus ou moins brève échéance.  Les exemples les plus marquants proches de chez nous sont les cas de négligences graves où des équidés sont littéralement abandonnés à leur sort sans nourriture ni soins ; souvenons-nous de ces tristes images d’animaux faméliques en train de mourir à petit feu.

On peut écrire des pages entières à ce sujet mais encore une fois, ce n’est pas le but de cet article ; j’aimerais plutôt attirer l’attention sur des choses moins spectaculaires, plus banales et qui parfois, ne sont pas perçues comme des formes de maltraitance. Il faut évidemment relativiser quelque peu les choses ; il s’agit de maltraitance « légère » qui aura plus souvent des conséquences plus psychiques que somatiques. Ceci étant dit, tout véritable passionné ou amoureux des chevaux aura à cœur le bien-être de l’objet de sa passion et certains se convaincront du bien fondé de ces opinions toutes personnelles que j’étalerai ici.

Je me garderai également de pointer un doigt accusateur en développant ces idées ; bien souvent, nous sommes inconscients de causer un tort quelconque à un animal que nous aimons, nous le faisons sans volonté de nuire et par ignorance. N’oublions pas également qu’une de nos erreurs les plus courantes est l’anthropomorphisme, cette façon que nous pouvons avoir de prêter à nos amis animaux des comportements humains et les interpréter comme tels. 070-1.jpg

Dernière mise en garde : je ne m’érige pas en spécialiste des chevaux et ce n’est certes pas le but de cet article. Tout ceci n’est que le fruit d’une réflexion issue de la lecture de nombreux ouvrages spécialisés et d’observations sur le terrain. Dans le cadre de ces dernières, ayons toujours à l’esprit qu’il est plus facile d’observer et de détecter les erreurs commises par les autres que d’éviter de les commettre soi-même…

Entrons donc, si vous le voulez bien, dans le vif du sujet !

 

Petit préambule :

Quel est donc le regard que nous portons sur les chevaux ? Certes, nous pouvons dire que ce sont des animaux, des vertébrés à sang chaud, des mammifères herbivores… Faisons fi de ces classifications scientifiques pour nous intéresser à nos amis d’une manière différente. Le cheval que nous connaissons est clairement un animal domestique et ce, depuis au moins 5000 ans ! Est-ce à dire que les instincts de ses ancêtres sauvages ont disparu ? Non, certes non ! Les preuves sont d’ailleurs sous nos yeux : tout d’abord, les chevaux sauvages américains ; ce ne sont pas à proprement parler des chevaux sauvages, ce sont des chevaux domestiques retournés à l’état sauvage. Ils vivent à l’état sauvage et leur survie dépend donc de ces instincts ancestraux qu’ils ont conservés ; capturés, ils sont facilement domestiqués et gardent néanmoins ces instincts en eux.  Une autre preuve scientifique est l’examen du génome des chevaux domestiques et la comparaison de celui-ci avec celui de leurs ancêtres communs ; malgré la multitude des races et la diversité de leurs caractéristiques, nos chevaux actuels gardent plus de traits communs avec leurs ancêtres que le chien avec les siens. L’instinct est donc toujours là, c’est indéniable et c’est souvent parce que nous oublions cet instinct que nous ne comprenons pas les réactions comportementales des chevaux.
En conclusion, soyons conscients que le cheval n’éprouve pas que des besoins physiologiques, il a également des besoins psychoaffectifs induits par ses instincts naturels.

1. La solitude :

Le cheval est un animal profondément grégaire ; les interactions au sein d’un groupe sont nombreuses et priver le cheval de ces interactions nuit à son bien-être. Malheureusement, c’est bien trop souvent le cas et le brave équidé que l’on aime pourtant de tout son cœur et que l’on gratifie des meilleurs soins se retrouve pourtant seul… Est-ce grave ? Fondamentalement, cela ne causera pas la mort de l’équidé mais cela l’affectera profondément et pourra induire certains comportements indésirables et un déséquilibre psychologique. Un cheval seul souffre donc d’une forme légère de maltraitance ; une forme « légère » restant toutefois maligne, elle ne devrait pas être acceptable.

Face à la prise de conscience de ce fait, la réponse de certains propriétaires est qu’ils ne peuvent se permettre d’acquérir et d’entretenir un autre équidé pour tenir compagnie au premier. Certes, cet argument est imparable et dans ce cas, on pourrait facilement les qualifier de « mauvais propriétaires » et leur dire qu’il vaudrait mieux alors ne pas posséder le moindre équidé… Or, il y a une autre réponse qui peut-être à priori assez inattendue. Les chevaux ont une particularité, une véritable parade qui leur permet de pallier au manque de compagnie équine… Inventons un nouveau mot pour comprendre ce mécanisme et faire le parallèle avec l’une de nos tendances ; voici ce que j’appellerai « l’hippomorphisme » ! Et oui, notre brave équidé à tendance à considérer les créatures non hostiles qui lui tiennent compagnie à d’autres chevaux. S’il ne le fait pas au premier contact, il y vient à un moment ou un autre et c’est d’ailleurs l’un des instincts du cheval que l’on s’attache souvent à refouler ; les maîtres du travail équestre l’ont toujours fait : rappeler cette différence au cheval afin qu’il ne se comporte pas avec l’humain comme avec un de ses congénères. Pourquoi ? Parce qu’au sein d’un groupe d’équidés, il y a toujours des relations hiérarchiques ; des relations « dominant-dominé ». Les anciens grands maîtres de l’équitation voulaient bannir cela car cette relation peut changer d’un jour à l’autre et que le danger de voir l’humain se retrouver en position de dominé était toujours présent. Ce comportement est d’ailleurs mis en évidence par Monty Roberts dans sa méthode du « join-up » où il prend la place de la jument dominante et se comporte comme tel avec le cheval qu’il veut débourrer. Et voilà donc la solution ! Si nos moyens ne nous permettent pas d’offrir un autre équidé comme compagnon à notre cheval adoré, offrons-lui une alternative ! Evidemment, c’est le cheval qui aura le dernier mot et choisira ou non d’accepter ce compagnon… Néanmoins, les exemples sont nombreux ; des chevaux se sont liés avec des chèvres, des chiens, des chats et même… des poules ! Cette relation leur a permis de trouver un substitut relationnel qui a préservé en grande partie leur équilibre psychologique.

Ne tombons néanmoins pas dans la facilité, le compagnon idéal d’un équidé est un autre équidé ! Cela peut d’ailleurs nous être profitable et Henry Blake a d’ailleurs mis en évidence les interactions éducatives d’un cheval âgé avec un plus jeune.

A suivre…

Sources : Monty Roberts : « l’homme qui sait parler aux chevaux » Ed. Albin Michel
                 Henry Blake : « je parle aux chevaux, ils me répondent » Ed. Zulma

15:22 Écrit par Oli dans Articles, Maltraitance | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : maltraitance, solitude |  Facebook | | |

Commentaires

Tu as écris une superbe entrée en matière...et après avoir visité plusieurs "manège", il y a de quoi écrire.
Je ne manquerais pas de te lire prochainement.
Bisous amicaux
Fanchon

Écrit par : Françoise | 26/09/2010

Merci Françoise pour ce commentaire

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Salut Oli,
J'aime les gens qui luttent pour la justice vis à vis des animaux......
C'est vrai qu'à côté de cela...il y a aussi la justice des hommes vis à vis des hommes qui est défficiente......
La seule différence....c'est que ce sont les hommes qui font les lois.....et que l'Homme a la possibilité de contester ces lois....mais trop font la sourde oreille
Les animaux, eux...ne peuvent que subir..........

Écrit par : Jules | 27/09/2010

Merci Jules pour ce commentaire

Bonjour OLi

en effet bien souvent seul, j'en ai un près une chez moi, oui elle est soignée on vient la nourrir la brosser mais après bye bye et la bête est seule et risque de devenir dépressive...

c'est bien triste tout ça et la lutte est loin d'être terminée.;

bises Oli et bonne fin d'aprem

Écrit par : nays | 28/09/2010

Merci nays pour ce commentaire

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